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Jimmy Cliff aime la PQR

17 Juil

– Non, désolé, ça ne va pas être possible. Il ne veut pas faire d’interview. On a déjà refusé des demandes.

– Mais là, c’est pour Ouest-France…

– Ok, je vais voir ce que je peux faire.

A 1 h 30 du matin, Jimmy Cliff quitte la scène du Summer Reggae Fest. Vêtu de sa cape longue et dorée qui lui donne des allures de monarque, le roi du reggae s’enfouit dans sa loge. Quelques minutes plus tard, il revient avec un large sourire. Une chaleureuse poignée de main et dix minutes d’interview plus tard, le Jamaïcain est dans la boîte.

Les gauchers m’ont contrarié

13 Août

Trois semaines de stage et ça y est. Aujourd’hui 13 août, journée internationale de la gaucherie, paraît dans mon canard favori le résultat de ma petite enquête : « Commerçants et gauchers, qui sont ces Palois contrariés ? »

Après trois jours de va-et-vient entre les salons de coiffures et autres ateliers de retouche de ma bonne ville de Pau, je vous le dire sans fard : le Béarn regorge de gauchers.

Ceci est un Béarnais

Un constat accablant qui ne doit pas faire oublier l’effort de votre valeureux écuyer.

Sachez qu’entrer dans une boutique pour y flairer du gaucher ressemble à s’y méprendre à une tournée de la répression des fraudes.

En moins intimidant sans doute :

« Bonjour, Machin Machin, journaliste à La République des Pyrénées, il y a des gauchers ici ?

– Des gauchers ? Comment ça des gauchers ?

– Euh oui vous savez, c’est bientôt la fête nationale des gauchers, les gens qui écrivent de la main gauche…

– Ah non j’ignorais.

– (Tu m’étonnes) Eh bien figurez-vous que c’est vendredi !

– Et alors ?

– Hmmm… Alors je cherche des gauchers. Est-ce que des gauchers travaillent ici (prendre un petit ton inquisiteur façon « où tu l’as planqué ton contrarié ») ?

– Ah des gauchers, oui, oui, on en a même deux si vous voulez.

– Aaahhh !!!

– Mais ils sont en vacances.

– Ooohh !

– Mais moi aussi je suis gauchère, on m’attachait la main dans le dos quand j’étais petite…

– Excellent, laissez-moi attraper un stylo et un papier… »

Leçon numéro 1 : Les enquêtes les plus légères sont parfois les plus difficile à mener.

Rencontres du troisième type

6 Août

En PQR comme dans les autres journaux, nous sommes amenés à interviewer bon nombre de personnes, sur à peu près tous les sujets. Généralement elles répondent à nos questions ô combien innocentes avec plaisir (tant qu’il ne s’agit pas de prendre une photo d’eux) mais parfois on a quelques surprises, que ce soit dans la rue ou bien au téléphone.  Petit florilège :

  • Je fais un petit micro-trottoir dans la rue et tente tant bien que mal d’interroger des personnes pour savoir si elles utilisent ou non des agences de voyage (d’ailleurs : comment peut-il y avoir autant d’agences de voyage alors que personne ne semble les utiliser ?).

Je me suis posté en embuscade devant « Nouvelles frontières » pour qu’enfin une ou deux personnes me répondent positivement sur ce sujet. Une femme sort enfin de l’agence, après que j’ai fait le planton pendant d’interminables minutes (le moindre sujet peut prendre une allure de roman policier, quel fabuleux métier). Je m’approche, carnet en main, lui demandant si elle a le temps pour une ou deux questions.

Elle me regarde d’un air mauvais puis :

«  Quoi votre journal ? C’est hors… de… ques…tion ! Je ne vous répondrai pas ! Et pourtant je l’achète tous les jours ! »

Je reste perplexe. Comment peut-on visiblement ne pas nous supporter et acheter le journal quand même. A côté de moi il y avait des sondeurs, étonnés. Ils ne doivent pas avoir l’habitude de voir quelqu’un se faire plus rembarrer qu’eux.


  • Micro-trottoir dans la rue, sur la fermeture des épiceries vendant de l’alcool dès 21 h.

J’interroge une passante. D’après elle cette mesure est idéale : à partir de 21 h les jeunes comme les autres ne devraient plus boire d’alcool, dans sa rue c’est invivable, etc… Je ne suis pas forcément d’accord avec elle mais c’est parfait, ça compléte mes témoignages, qui jusqu’ici allaient plutôt dans l’autre sens.Vient le moment où je demande les noms et prénoms de cette personne :« Non je ne vous dirai rien ! Il n’y en a que pour les puissants ! Vous servez le pouvoir et personne d’autre ! »« Pardon ? »

« Oui ! Moi j’ai été flouée ! L’état me doit 4 milliards d’euros ! 4 milliards ! Je veux qu’on en parle mais personne ne dit rien. »

«  Euh…. »

La dame aurait été arnaquée par son ancien proprio. Je veux bien la croire mais 4 milliards d’euros ça me parait légèrement fantasmé.

  • Last but not least. Je suis en locale isolée.

Coup de téléphone. Selon la secrétaire, il s’agit d’une « personne qui affirme qu’elle est victime de harcèlement de la part d’une association ». Intéressé, je décroche, et pose quelques questions. La femme se dit effectivement harcelée par une association, dont elle veut taire le nom.

« Où habitez-vous Madame ? »

« J’habitais à ville X »

« Vous n’y habitez plus ? »

« Non j’ai été harcelée, ils me voulaient du mal et j’ai du fuir en emmenant seulement quelques affaires. »

« L’association de Ville Y vous a harcelé à Ville X ? »

« Ah mais non ça c’était une autre association… »

« Ha… »

Bon, je sens le plan compliqué arriver mais je persévère. Jusque là ça ne veut rien dire. Je passe sur les détails mais la dite personne me dit habiter dans sa voiture pendant 10 minutes… mais finalement non : elle habiterait chez une amie. Un peu difficile de savoir où elle est précisément donc.

Elle ne veut pas me donner les noms des personnes qu’elle accuse de la harceler (elle désigne cependant les personnes impliquées par des qualificatifs forts sympathiques) mais affirme qu’elle a des preuves

« Vous savez monsieur j’ai travaillé en hôpital psychiatrique et on dit souvent que les patients sont plus fous que leurs clients mais c’est faux ! »

« Je me doute bien madame… »

« J’ai des preuves. Je vous montrerai, j’ai constitué un dossier. Comment vous appelez-vous ? »

« Quel genre de preuves ? »

« QUOI ! Vous ne voulez pas me dire votre nom ? C’est ça hein ! Vous avez peur monsieur hein hein ? »

« Euh… »

Je lui donne mon nom, ça n’est pas franchement comme si on dissimulait l’info à la locale.

« Bon, je vous amènerai les preuves. Mais il faut que vous soyez là. »

Je conviens d’un moment avec elle entre deux RDV, histoire de ne pas me retrouver coincé si ça me paraît délirant. Je resterai plus longtemps si ça s’impose. Je passe sur beaucoup de choses mais le final m’a quand même scotché :

« C’est un scoop monsieur que je vous donne ! Je me suis enfin décidé à en parler ! Vous devriez être content ! Si vous ne voulez pas en parler j’irai voir ailleurs. »

« Je veux bien mais vous comprenez que je dois vérifier vos propos avant d’écrire quoi que ce soit. »

« Non mais après, si vous êtes capable de rentrer chez vous et de vous coucher avec ça sur la conscience tant mieux pour vous ! »

« Euh… »

« Je me suis décidé à en parler. Vous vous rendez-compte, ces gens m’attendaient à la sortie d’un supermarché ! J’ai demandé à la caissière pour sortir par derrière mais elle m’a dit qu’il n’y avait pas d’autre sortie. Il y en a forcément une sinon ils font COMMENT pour les livraisons de marchandise. HEIN ? »

Je tente bien de reprendre la parole mais sans succès.

« On a tenté de me tuer ! On a voulu me jeter d’un pont ! » O_o

« Mais qui ? »

« C’est pour ça que je veux venir vous voir ! Si jamais on retrouve mon cadavre découpé en morceaux, au moins vous saurez me reconnaître ! »

« Oui enfin c’est une association ils n’iront peut-être pas jusque là… »

Elle n’a finalement pas voulu me donner de nom. La conversation s’est terminée là puisque nous avions convenu d’un rendez-vous.
Elle n’est jamais passée. Depuis je surveille la rubrique « Faits Div' »… juste au cas où.

  • Petite anecdote arrivée à mon collègue.

Lui a eu le droit à un coup de fil d’un télépathe qui communique avec les célébrités à la télévision, et ce pendant leurs émissions. Cerise sur le gâteau : les célébrités lui répondent.
Réponse du dit collègue : « Mais vous savez, c’est vous le télépathe. Du coup, moi, si je viens pour faire un article, je ne vais pas entendre les célébrités. »Instant de doute au téléphone puis : « Oh mais si vous les entendrez quand même. »
« Mais notre journal n’est pas trop adapté à ce genre d’histoires. Vous devriez vous adresser à un magazines de sciences paranormales peut-être. »
« Oh oui c’est une très bonne idée ! Vous avez raison ! Au revoir. » Click.
Well done.

Evidemment, je suis persuadé que mes camarades ont eux-aussi rencontré leur lot de personnages atypiques et je compte sur eux pour continuer cette rubrique.

Petite astuce à l’usage du novice de PQR

3 Août

1ère astuce : le coup de l’appareil photo

Avant-propos

Ces astuces n’ont pas pour but de vous délivrer la science infusée du journalisme de type PQR, qui ne peut être parfaitement maîtrisé que via une longue et intense confrontation avec le terrain. Cependant, ces astuces pourront servir de boussole, d’étoile polaire ou de GPS pour les néophytes afin de mieux les guider sur le chemin parsemé d’embûches qui mène à la perfection du journalisme local.

Situation

Vous avez rendez-vous pour couvrir la préparation d’un spectacle ou autre évènement de ce type. Vous avez bien vérifié que la batterie de votre appareil photo est pleine et vous avez pensé à emporter deux stylos à bille ainsi qu’un crayon de bois car chacun sait que ce dernier ne peut tomber en panne (sauf si vous pétez la mine et que vous n’avez pas de taille-crayon…). En revanche vous avez oublié de regarder le nom de la personne que vous devez rencontrer sur place, en général le ou la président(e) de l’association organisatrice. Pire, c’est vous-même qui avez pris le rendez-vous avec cette personne mais impossible de se souvenir de son patronyme.

Vous arrivez sur place et vous voulez éviter de passer pour un bleu en demandant à n’importe qui : « Bonjour! Euh…excusez-moi…euh…je suis journaliste à Midi Lib/Sud-Oues/WesFrans/Daubé/Pêche-mouche (rayez la mention inutile) … euh je cherche le responsable… » Là en général, vous en avez pour dix bonnes minutes d’allers-retours incessants parmi les bénévoles avant de tomber sur le bon interlocuteur. C’est là qu’intervient la petite astuce.

Astuce

En premier lieu, adoptez une attitude décontractée. Ensuite baladez-vous quelques instants sur zone. Puis sortez votre appareil-photo. Le piège se met en place. Si vous avez un Reflex, c’est banco mais même un compact fera l’affaire. Ensuite prenez des photos de manière ostensible. Peu importe ce que vous photographiez, cela n’a que peu d’importance.

Au bout d’une minute, une personne se présente à vous en vous tendant la main et en déclinant son identité. C’est gagné ! Il y a neuf chances sur dix pour que ce soit le patron de l’événement. Présentez-vous. Si la personne ne réagit pas enchaînez en lui demandant si elle est disponible pour quelques questions. Elle répond par l’affirmative. C’est dans la poche. Vous avez, avec grande classe, surmonté le défi que représentait l’ignorance de l’identité de votre interlocuteur.

Explication

Le coup de l’appareil photo inverse le principe du rendez-vous. Ce n’est pas à vous d’aller à la rencontre de la source mais l’inverse. Cette astuce repose néanmoins sur le postulat que la seule personne qui puisse prendre des photos pendant une préparation de spectacle est un journaliste de PQR. Si d’aventure, il y a d’autres photographes sur les lieux, prenez un air inspiré et l’on vous reconnaîtra de suite.

Variante

Ne vous présentez même pas, votre interlocuteur doit vous connaître car vous êtes le seul journaliste à 20 bornes à la ronde, et enchaînez les questions. La classe internationale.

Gromyko