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Mon tour du monde en galères

16 Août
Quand on travaille dans un journal, la difficulté est une consoeur. L’adversité aussi. Entre espoir, déceptions, satisfaction, états de grâce et tentation de renoncement, bienvenue dans nos quotidiens !
Pourtant, ce matin-là tout avait bien commencé.  Le soleil brillait, les oiseaux chantaient, tous les clichés d’une bonne matinée étaient réunis. Mais l’Ami Ricoré ne s’était pas réveillé du bon pied.


Conférence de rédaction, du grand classique. Quel sujet fera l’événement ? qu’est-ce qu’on met en sous-papier ? « Personne n’a un sujet qui fasse un peu été ? »
Je suis quelqu’un de discret, en général, mes idées de papier concernent des sujets mineurs ou qui ne font pas l’actu chaude. Je laisse ça aux vrais pros. Et ce jour-là, (ce qui ne doit jamais arriver), je n’ai pas d’idées.
Petit conseil : ayez des idées. Les vôtres sont plus faciles à assumer que celles des autres.


La preuve : le chef de service se tourne vers moi et me demande : « Wiki, ça te dit un reportage dans un camping de nudistes ? » Tandis que mes lèvres, de leur plus petit bout assurent un « Oui, évidemment », ma pensée ironise : « Mais voyons, bien sûr que c’est une excellente idée ! D’ailleurs, j’étais justement en train de dire à X (un quelconque stagiaire, d’une autre école si c’est possible) qu’on manquait de gros néerlandais tout nu dans le journal. Ça donne de la chair aux papiers et ça renforce notre lectorat masculin chauve et célibataire de 50-55 ans. Tu dis que c’est à une heure de voiture ? Mais la valeur n’attend pas le nombre des kilomètres parcourus…. »
La presse, dont la PQR, est un monde où avaler des couleuvres se fait dès le petit-déjeuner. En fait, le repas quotidien d’un localier ou même d’un journaliste IG (infos générales)  se compose de couleuvres. Du point de vue de l’équilibre alimentaire, c’est un régime contestable et du point de vue de l’équilibre psychique, l’effet est dévastateur.


D’où une tendance pour le journaliste débutant (surtout garçon, la Nature est bien faite) à perdre ses cheveux. Une immense majorité des journalistes souffre donc de calvitie précoce. Et voilà pourquoi les huiles à base de serpents ne sont jamais utilisées dans les shampooings, mais ceci est une autre histoire. Il est donc très important, surtout en début de carrière, d’apprendre à avaler les couleuvres sans en ressentir trop d’aigreur.


Travaux pratiques :  Une fois que tu t’es décidé à y aller à ce camping naturiste. Que tu as soigneusement imprimé ton plan Mappy, que tu as tracé les grandes lignes de ton reportage (en visitant le site Internet de la Fédération française de naturisme, photos à l’appui), que tu as imaginé les questions que tu poserais et que tu as fait marcher le traducteur Google pour avoir les mêmes questions en français, anglais, allemand, néerlandais et suédois (l’espoir fait vivre), ton chef de service vient te voir et te dit : « Tu es privé de naturistes, à la place tu feras les départs sur la route des vacances. Vois avec la gendarmerie et la police ce qu’ils font. »
Naturistes – gendarmes, ma journée ressemble de plus en plus à un film avec De Funès,non ?
J’ai alors découvert que les gendarmes étaient moins bien organisés que les naturistes. C’est curieux mais c’est comme ça ! Il n’ existe pas de fédération nationale des forces-de l’ordre-sur-la-route-des-vacances-avec-leurs-super-jumelles.
Alors il faut téléphoner, téléphoner et téléphoner. Les vacances ayant déjà commencé depuis 1 mois, je me suis fait des tas d’amis chez les messageries vocales des administrations (ministères, préfectures, sous-préfectures, conseils généraux, mairies, autoroutes du Sud, tout ce qui a un rapport avec la gestion des flux routiers).


Après avoir passé 6 heures à aller de refus en répondeurs et de répondeurs en standardistes… (ah oui, tant que j’y pense. Messieurs-dames du Ministère de l’Ecologie… Je suis farouchement en faveur de l’embauche des déficients mentaux dans les administrations. MAIS PAS AU STANDARD MERDE !) Après 6 heures, donc, j’arrive à avoir deux interlocuteurs à la gendarmerie, qui m’expliquent qu’ils adapteront leur déploiement selon les conditions de circulation. Un scoop national, je comprends pas pourquoi Libé se concentre sur Woerth avec des révélations pareilles.
Cependant, et grâce aux précisions que m’ont donnée mes gendarmes, mes articles sont rédigés assez facilement. Bref, ma page faits-divers est bouclée à 19h45 avec un papier lead (à partir de dépêches AFP), juste une présentation, une petite mise en bouche pour le lecteur, et mon papier avec les gendarmes. Comment dire ? HEUREUX !

Comme d’habitude, j’attends que mon papier passe en relecture, et je suis le fil AFP pour faire évoluer mes brèves au cas où. Mon SR m’appelle. Des phrases bancales, des répétitions, rien de grave, juste un peu de fatigue. Je retourne à mon papier, je le corrige, je le fignole et je le renvoie. 20H03, je fais mon sac, mon ordi est éteint, je parcours deux mètres dans la rédac, bien décidé à rentrer chez moi pas trop tard.

Nouvel appel de mon SR : « Heu, Wiki, on change toute ta page, on a un super fait-div, deux cambrioleurs tirés au fusil comme des lapins. On enlève un de tes papiers et on raccourcit l’autre. » Bon OK, ce nouveau papier est bien plus, comment dire, bandant ? Non, vendeur, que le mien. Je dis d’accord. Et puis, bon, tant que mes inaccessibles (mais néanmoins gentils) gendarmes passent, ça me va.
Edition de ce matin. Comme annoncé, le papier du cambriolage. Et en dessous, mon papier. CELUI A BASE DES DEPECHES AFP !! Sucrés mes gendarmes, envolés, ratatinés…
Aujourd’hui, et le journal de demain, est un autre jour.
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Quand la rédac prend la pause…

7 Juil

Petite conversation entre le jeune stagiaire IPJ et le responsable éco du service Info Générales de la Dépêche du Midi.

Errant dans les couloirs, le stagiaire s’étonne qu’ il y ait aussi peu de monde dans la rédaction.

Le stagiaire : « C’est une journée rédaction-morte ? »

Le titulaire : « Non, c’est normal. Tout le monde déjeune. »

LS : « C’est pour ça… »

LT : « Oui, il n’y a jamais personne entre midi et deux. »

LS :  » Oui, enfin, il est 14h30…. »

LT (regardant sa montre) : »Ah oui, ben entre midi et trois… »

LS : « … »

LT (à moitié convaincu par ce qu’il s’apprête à dire) : « De toute façon, l’actu ça se construit que dans l’après-midi… »