En immersion

4 Août

« Et si on allait voir les sauveteurs en mer? » 

Fin juillet, les sujets ne se bousculent pas au portillon de la conférence de rédaction. Alors je me lance, toute guillerette.

« Mmmh. Ouais ».

Devant l’enthousiasme de mon red’ chef, je fonce. Après autorisation, je débarque le lendemain. « On vous emmènera faire un tour dans notre bateau » m’avait promis le chef du poste de secours au téléphone. En bonne journaliste de terrain, je troque donc ma jupe et mes sandales pour un jean et des tennis. Je garde quand même boucles d’oreilles et maquillage. C’est quand même les sauveteurs en mer, quoi.

Sur place, le chef me fait son topo, une petite visite et m’explique l’excursion prévue. Que dis-je : « l’entraînement ». Car ce qui était pour moi une simple mise en scène pour la presse est en réalité un exercice de sauvetage auquel je prends part. On me fait même un dessin. Un (faux) plaisancier tombe de son (vrai) catamaran, il fait des (faux) signes de détresse, il faut aller le chercher à bord d’un (vrai) zodiaque.

« Il faut courir mademoiselle »

« Vous êtes équipé? » ; « Euh… » ; « Vous avez un maillot? » ; « Non ». J’avais pas pensé que je serai mouillée dis donc.

« On va vous trouver une combinaison ». Bleue et jaune fluo. Et beaucoup trop grande. Mais je reste focalisée sur ma mission de journaliste en immersion. « Je peux prendre mon appareil photo? » demande-je.  « Il est étanche? » ; « Non » ; « Alors on va vous donner un sac plastique ».

C’est parti. Trois sauveteurs sortent du poste, je dois les suivre. Là, le chef me pousse gentiment dans le dos : « Il faut courir mademoiselle ». Ok, je m’élance jusqu’au 4×4 et je grimpe. Une fois arrivée au bord de l’eau, il faut descendre du 4×4. Courir dans l’eau pendant que le zodiaque, accroché au derrière du bolide ne soit lancé sur les flots, en marche arrière. Puis se hucher péniblement dedans. A ce moment précis, je renonce définitivement à séduire les sauveteurs.

« Accrochez-vous » me dit le pilote qui met les gaz. L’engin saute comme un cabri sur les vagues qui le lui rendent bien en s’y explosant allègrement. Sur moi aussi accessoirement. « Asseyez-vous dans le fond du bateau ce sera mieux ». En effet. Tremblante, je me recroqueville et me cramponne à mon sac plastique rempli de l’appareil photo.

Renoncer au cliché de l’été

Pendant ce temps les sauveteurs ne pipent pas un mot sinon dans leur talkie-walkie : « victime repérée largage en vue ». Le zodiaque stoppe pour récupérer le corps. Le temps de me remettre de mes émotions, de sortir la sacoche du sac plastique, puis l’appareil de la sacoche, d’enlever le cache et de l’allumer, le zodiaque redémarre, je vacille, je tombe. Pas de photo.

Retour vers le bord. Re-rouleaux, vagues qui t’en veulent personnellement, cheveux collés sur ta face.

Sur le sable, je prends enfin un cliché. Rentrée au poste, massage cardiaque. Je peux enfin faire ma photographe, tranquille. Mais je suis trempée et mon objectif plein de gouttes. Heureusement, le chef me le nettoie spontanément de son tee-shirt d’un blanc immaculé. « Un peu secouée? » demande t-il. « Un peu, oui ». En vérité, je tremble encore. Mais je ne perds pas de vue mon objectif (faire un papier quand même c’est pas tout ca) et cours récupérer mon carnet. Je termine donc le reportage dans ma combi trop grande, ruisselante.

Journaliste de terrain, CQFD.

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