Archive | août, 2010

Ma dernière journée toute seule

31 Août

Aujourd’hui, mardi 31 août, marque la fin de mes deux mois de stage à la rédaction de Lamballe.

Un stage durant lequel j’ai évité les faits divers…jusqu’à ce jour.

9 h du matin, appel quotidien aux pompiers : incendie à Lamballe. Flûte. Je suis obligée d’y aller? (Une question posée à moi-même, bien sûr, je suis en rédac’ isolée les gars)

9 h 30 : arrivée sur les lieux. Deux boxes à voitures ont été incendiés, dans une petite résidence du centre-ville.

Les pompiers viennent juste de finir d’éteindre le feu, ils sont alignés, discutent entre eux. « Ah c’est la petite journaliste » (regard lubrique). Je vais directement voir le chef, qui, lui, a des responsabilités : il ne me fera pas de petite blague grivoise. Hum.

Je vous passe le « Bonjour, que s’est-il passé? Bla bla bla » pour en arriver au plus croustillant: « Je peux descendre prendre une photo? » (Un des boxes incendiés se trouvait dans un sous-sol).

Le regard de mon pompier descend jusqu’à mes orteils : comme toute bonne Parisienne qui se respecte, je porte des petites sandales, vernis rouge aux pieds. Ben quoi?

« Moi je veux bien, ma petite, mais je vais devoir vous porter! » (regard lubrique, à nouveau) « Euh? » « Oui, il y a de l’eau partout en bas, vous allez mouiller vos pieds et salir vos chaussures »

Amis lecteurs, il est temps de marquer une pause. Les personnes qui me connaissent un peu savent à quel point je suis maniaque lorsqu’il s’agit de mes pieds (ou de ceux de n’importe qui d’ailleurs). Phobie n°1 = la piscine, marcher sur le sol humide, rien que d’y penser, ça me donne des frissons. Bref. L’alternative est la suivante : se faire peloter par le gros pompier, ou tremper mes pieds dans une eau mélangée à des bouts de tôle brûlée et cancérigène. Ou ne pas prendre la photo, mais je suis une professionnelle, moi , monsieur.

J’ai donc choisi la seconde alternative : retroussage du pantalon en mode « pêcheur », respiration profonde, je ferme les yeux, et je cours très très vite en faisant la grimace…et c’est banco, la photo est prise.

Inutile de vous dire que j’ai perpétué la triste réputation des Parisiennes pour de longues années encore à Lamballe.

Yona

La première journée toute seule de Yona, c’est ici

Petite astuce à l’usage du novice de PQR – (4e)

30 Août

Le coup du déjeuner mondain

Avant-propos

Ces astuces n’ont pas pour but de vous délivrer la science infusée du journalisme de type PQR, qui ne peut être parfaitement maîtrisé que via une longue et intense confrontation avec le terrain. Cependant, ces astuces pourront servir de boussole, d’étoile polaire ou de GPS pour les néophytes afin de mieux les guider sur le chemin parsemé d’embûches qui mène à la perfection du journalisme local.

Ce billet sera probablement le dernier de cette série et il se présentera davantage comme un guide de survie composé de diverses astuces que comme la présentation d’une seule, comme cela a pu être le cas auparavant.

Situation

Vous êtes à la rédaction en train de rédiger gentiment un papier sur le départ du curé de la paroisse quand le téléphone sonne. Vous décrochez comme à l’habitude. Au combiné, c’est le patron de la société des courses hippiques d’un village voisin qui vous invite au déjeuner précédent l’après-midi hippique du dimanche suivant. Vous dites banco car ce sera ainsi l’occasion de se baffrer à peu de frais. Vous avez raison.

Cependant il faudra faire preuve d’astuce pour sortir la tête haute d’un tel déjeuner, d’autant qu’après votre acceptation, votre interlocuteur vous précise que le préfet de région et le député-maire du coin seront présents.


Il est à noter que ce qui suit peut très bien s’appliquer à n’importe quel événement mondain type compétition de golf, cocktail d’un yacht-club comme cela a pu arriver à un collègue, remise de médailles, etc.

Vous vous pointez donc à l’hippodrome le dimanche midi, l’air décontracté malgré votre dizaine de minutes de retard. Vous passez sans problème l’obstacle des videurs grâce à votre statut de journaliste. Il faut néanmoins préciser, par honnêteté, que l’âge de ces derniers dépasse allègrement les 70 ans.

Quoiqu’il en soit vous poursuivez votre chemin et vous dirigez vers un groupe de personnes que vous soupçonnez à raison d’être également invitées à déjeuner et qui prennent l’apéritif. A cinq mètres de ces gens, vous réalisez à quel point ce déjeuner ne sera pas une sinécure. En effet vous êtes victime de plusieurs handicaps :

–         En bon journaliste vous êtes vêtu d’une chemisette bariolée et d’un jean standard. En face, c’est mocassins, pantalon à pinces beige, chemise bleu ciel, cravate unie, blazer bleu, brushing impec pour les hommes et robe du dimanche, collier de valeur, chignon soignée et chapeau à plumes pour les femmes. Au mieux vous n’allez pas passer inaperçu, au pire, vous passez pour un guignol.

–         Vous ne connaissez personne dans l’assemblée hormis celui qui vous a invité et que vous êtes gentiment en train de vouer aux gémonies. Il va être aisé de s’intégrer.

–         Vous ne connaissez rien à l’hippisme. Pire, pour vous, cela renvoie aux bars PMU avec tables en formica, sièges en skaï et pochetrons matinaux. Il est peu probable que vos références soient partagées.

–        Vous êtes jeune et bien portant, ils sont vieux et bien portants. C’est simple, en face de vous rares sont ceux qui n’ont pas de calvitie ou qui ne se teignent pas les cheveux. Vous allez enfin comprendre la signification du fossé intergénérationnel.

Le coup de la vieille connaissance de lycée

Alors que vous ne savez comment vous fondre dans la masse, un jeune se présente devant vous : « hey mais t’étais pas au lycée XXX ? ». Vous confirmez et là tout vous revient. Ce type est un ancien camarade de lycée que vous n’avez jamais pu encadrer. Toutefois vous n’en laissez rien paraître. Vous vous interrogez sur vos parcours respectifs et apprenez qu’il va effectuer un master 2 à Dubaï pour devenir trader de chevaux de courses. Intéressant.

Surtout ne lui demandez pas pourquoi il n’est qu’en bac+5 alors que vous êtes déjà en bac+7 mais signifiez-lui que l’entretien peut prendre fin par un léger blanc dans la discussion. Ce camarade peut vous servir de joker en cas de coup dur mais ne l’utilisez qu’en dernière solution tant les effets secondaires sont néfastes.

Le coup des bénévoles

Isolé, sans ressources, sans fonds de discussion, repérez les bénévoles, vous savez, ceux qui sont sapés comme vous, car c’est grâce à eux que vous pourrez réussir votre intégration. Parvenu auprès d’eux, engagez la conversation, votre gouaille naturelle fera le reste. C’est bon vous venez d’établir un point d’ancrage. Soudain, quelqu’un annonce qu’il est temps de passer à table. Malheur ! Dans votre détresse, vous n’avez pas eu le temps d’attraper la moindre flute de champagne. Fondez sur le buffet et pillez-le sans vergogne. Puis passez à table.

A ne pas faire

Lors de tels repas mondains, sont quasiment toujours présentes les sommités locales comme le préfet de région,  le député-maire du coin ou le commandant de gendarmerie. Évitez d’aller vous présenter à eux. Car, si vous n’avez pas au préalable préparé vos fonds de discussion, vous n’allez pas tarder à passer pour une buse. Ce qui n’est évidemment pas votre objectif. A l’opposé d’Icare, suivez les conseils de Dédale et éloignez-vous de tout ce qui brille, cela peut-être dangereux.

Cependant par esprit de bravade et parce que vous venez de publier un brulot dénonçant l’absence d’aire de stationnement pour autocaravanes dans votre commune, vous pouvez vous présenter au maire en lui demandant si existe le projet de créer une telle aire. Au mieux, vous êtes un mec couillu, au pire c’est la dernière fois que vous lui parlez.

Le placement

C’est l’heure de manger. Veillez à intégrer la table des bénévoles, c’est toujours rassurant. Vous avez également l’option « ancien camarade de lycée » mais elle est déconseillée. Finalement vous prenez place en face d’une cougar dont la poitrine, aussi généreuse que la mousson en Inde, est engoncée dans un chemisier blanc légèrement transparent. La pression des seins lourds est telle que les boutons pourraient sauter d’un instant à l’autre.

Vous vous rappelez alors que vous n’avez jamais complètement dépassé votre complexe d’Oedipe et vous vous sentez tout chose.

Ne paniquez-pas, reprenez vos esprits et détournez votre regard, cela commence à faire tache.

Au cours du déjeuner

Évitez autant que possible de dire que vous êtes journaliste. Auquel cas vous vous exposeriez à la présentation habituelle des griefs faits à votre profession : «  Ah mais les journalistes, vous faites toujours des erreurs, vous n’écrivez jamais ce qu’on vous dit, etc ». Dans une telle situation, défendez-vous mais surtout reconnaissez vos fautes et faites pénitence. N’oubliez pas que vous ne connaissez personne et que la table pourrait facilement se liguer contre vous.

Au cours du déjeuner mêlez-vous à la discussion mais si la conversation s’engage vers des sujets politiques, économiques et sociaux, faites profil bas, surtout si vous entendez des aberrations. Il ne sert à rien d’aller au clash, ça ne vous rapportera rien. Cette attitude peut paraître lâche mais quand on est journaliste, on évite de se brouiller avec des sources potentielles.

Faites attention à la cougar. Plusieurs fois pendant le repas, elle s’est retrouvée avec de la sauce blanche sur le pourtour de la bouche. Refusez le sous-entendu et concentrez-vous sur votre rumsteck. Elle pourrait être votre mère et vous n’êtes pas originaire du Nord-Pas-de Calais.

Bonus

Si vous le pouvez, dès le début du repas, emparez-vous de la bouteille de vin et effectuez le service en agrémentant de quelques boutades. Agissez de la sorte à plusieurs reprises au cours du déjeuner et vous verrez que le pinard rapproche les hommes.

Le café et l’addition

C’est le moment du café. Buvez-le, trinquez une dernière fois puis levez-vous de table. Vous ne vous êtes pas amusé au point de vous rouler par terre mais grâce à ces conseils, ce déjeuner vous est apparu, somme toute, fort sympathique. Bien joué, en plus vous avez mangé à l’œil et en période de crise, chacun sait ce que cela représente.

Gromyko

Ex-L’Parisien Vs WesFrance

27 Août

La PQR est une grande famille. On se taquine, on s’embrasse, on se fait des coups bas, on se réconcilie, on envoie des piques à effet poil à gratter. Et ce n’est pas qu’avec les concurrents directs que cela se passe ainsi.
A l’occasion d’un des plus grands festivals de France (j’ai dit grand, pas forcément connu et reconnu), un invité de marque s’est joint à l’équipe de la rédaction : Noël, président du festival en question et accessoirement ancien patron du Parisien (l’Equipe, i>télé, RTL… ne rayez pas la mention inutile toutes sont correctes). Et il n’a pas hésité à donner un petit coup de pied dans la fourmilière.

Ouest-France

ROUND 1 :
Noël : « L’équipe est brillante, l’écriture est d’une grande qualité. Mais bon, un quotidien qui raconte mercredi ce qui s’est passé lundi… le format pour le coup, c’est plus celui d’un mag. Au Parisien, pour un match de foot au Stade de France, on retardait le bouclage pour que le lecteur ait des infos fraîches le lendemain.  »
Ex-L’Parisien 1 – 0 WesFrance

ROUND 2 :
Chef de rédaction WesFrance : « Certes. Mais retarder le bouclage signifie retarder l’impression et la distribution dans tout l’Ouest. Et un lecteur qui n’a pas son journal livré à l’heure le lendemain matin est un lecteur mécontent qui se désabonne. »
Ex-L’Parisien 1 – 1 WesFrance

ROUND 3 :
Noël : « Argument rejeté. Ce sont aux journalistes (la rédaction en chef incluse, Note de moi) de décider du journal qu’ils font. Ce n’est pas à ceux qui le commercialisent de tenir les rênes. »
Ex-L’Parisien 2 – 1 WesFrance

ROUND 4 :
Chef de rédaction WesFrance : « C’est le lecteur qui décide. Et le lecteur préfère avoir un journal avec la plupart des infos à l’heure, que pas de journal avec les dernières news. »
Ex-L’Parisien 2 – 2 WesFrance

Egalité. Fin du match, qui s’est tenu dans la plus grande convivialité.

Libérons le goéland

27 Août

Une rédaction de PQR en bord de mer a parfois des visiteurs improbables, qui débarquent sans tambours ni trompettes. Et repartent aussi calmement qu’ils sont venus.

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